OU WILLIAMS N’EST PAS UNE BONNE POIRE

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Le mec sur la photo s’appelle Carl Williams. A le voir comme ça, il n’a pas l’air très malin. En plus, il est né à Melbourne, et là, y a déjà de quoi sérieusement le vanner. Si on ajoute ça sa tronche de débile, on a vraiment envie de se payer sa tête. D’ailleurs, c’est pas pour rien qu’on l’appelle en Australie The Baby Face Killer. Oui, mais dans Baby Face Killer, il y a certes Baby Face, mais il y a aussi Killer. Parce qu’en vrai, Carl Williams, c’est 3 meurtres de sang froid. Et là, on a moins envie de se moquer de lui.

 

Comme plein d’autres avant lui, Carl ne sait pas trop ce qu’il veut faire de sa vie, et décide donc de faire comme Papa. Problème, Papa Williams est petit trafiquant de drogue minable. Du coup, Carl se lance dans le métier à son tour, au milieu des années 90. Autant dire que ça commence plutôt mal. En 1999, Papa et Fiston Williams se font choper par la police australienne avec 250 000 tablettes d’amphétamines. Sûrement pour la belle-mère de Rumsas, déjà. Premières emmerdes avec la justice avec des accusations de trafic de drogue, et 20 millions de dollars partis en fumée.

 

 

Le souci, c’est que Williams « BMW » avait un besoin pressant de l’argent. Parce qu’il doit alors des milliers de dollars à la famille Moran. Et un emprunt chez la famille Moran, c’est beaucoup plus dangereux pour la santé qu’un fonds subprimes. Lewis Moran, le père, est une figure du milieu depuis des années. Dans un monde où rien que survivre autant de temps est en soi une carte de visite. En bon paternel, il a fait entrer dans le business familial son fils, Jason Moran, et celui de sa femme, Mark Moran.

 

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Fort étrangement, et comme beaucoup de gangsters, Carl Williams ne portait pas de bretelles. Ce qui semble contredire la théorie prétendant qu'elles apportent une certaine classe vestimentaire.

Le problème pour Williams, c’est que la famille Moran considère le trafic de drogue plutôt comme un business lucratif que comme une œuvre caritative. Or la justice a une fâcheuse tendance à se déclarer incompétente dans les litiges liés aux transactions de stupéfiants. Il faut donc trouver d’autres solutions pour les régler. Jason Moran décide donc de montrer l’exemple un beau jour d’octobre 1999. Il tire plusieurs fois sur Williams, mais rate son coup. Résultat pour ce dernier : une balle dans l’abdomen, et une rancœur tenace envers les Moran. Qui ne se doutent pas à qui ils ont affaire.

 

Alors qu’il paraissait en situation de faiblesse, Carl Williams va retourner la situation de manière spectaculaire en déclenchant une guerre des gangs sanglante. Le 15 juin 2000, Mark Moran est abattu chez lui. Le 21 juin 2003, presque 3 ans plus tard, c’est Jason Moran qui est tué sauvagement dans sa voiture. Sous les yeux de ses 2 enfants, assis tranquillement à l’arrière, et qui n’ont rien perdu de la scène. Enfin, le 31 mars 2004, Lewis Moran prend deux balles dans la tête alors qu’il jouait au poker dans un club du centre de Melbourne. Autant de jolis revers infligés par Williams.

 

Oui, mais attention. C’est peut-être con de le dire, mais autant de coups de feu, ça fait du bruit. Carlito a via son OPA plutôt offensive récupéré des grosses parts du marché. Néanmoins, il a aussi attiré l’attention des autorités régulatrices. Peut-être satisfaite de ce petit ménage, la police australienne se réveille d’un coup. En 2004, balancé par un ancien complice, le « Baby Face Killer » est arrêté, et chargé avec 4 meurtres, dont celui des frères Moran. Résultat : 2 condamnations à vie, et 84 ans de prison. La beauté des procès anglo-saxons, où on dirait que le coupable en prend pour plusieurs vies.

 

Une histoire digne d’une série télévisée, et c’est d’ailleurs ce que pense la chaîne australienne Nine Network. En février 2008 est diffusée Underbelly qui retrace très exactement la guerre des gangs de Melbourne entre 1995 et 2004. Partout sauf dans l’Etat de Victoria, ce qui empêche Carl Williams de découvrir l’acteur ayant repris son rôle, ou même les passages où sa femme Roberta le trompe. Peu importe, Underbelly est un carton, qui donnera d’ailleurs lieu à deux autres saisons, elles aussi basées sur des faits réels. Ils sont fous ces Australiens.

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Avec les Sims: Underbelly, toi aussi crée ta propre famille de malfrats!

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De toute façon, Carl a d’autres soucis. Il sait qu’il ne pourra pas avoir de permission avant ses 71 ans, et que le business, repris par son ex-femme, va moins bien depuis son départ. Désireux de donner un avenir à sa fille, il décide de collaborer à la justice en échange du paiement intégral de l’éducation de cette dernière, aux alentours de 8000 dollars au total. Soit tout de même 5600 euros environ. Le tout bien sûr dans le secret absolu. Si Williams est encore vivant, c’est surtout parce qu’on l’a un peu oublié. Les Moran n’ont en effet plus besoin de lui pour s’entretuer. Desmond Moran, frère et oncle de, est en effet assassiné en 2009 sur ordre de Judy Moran, veuve et mère de. Pour une banale histoire d'héritage à propos du patrimoine familial.

 

Bref, tout va bien jusqu’à l’Herald Sun décide de foutre le bordel. Le 19 avril, le journal révèle en première page les tractations. Sous le titre fort intelligent, sans exagération ou extrapolation : « Les études de la fille du monstre payées par le contribuable ! ». Pas de choune pour Williams, ses amis criminels regardent aussi les informations. Ils ont été ravis d’apprendre sa coopération avec les services de police. Et le jour-même, l’un de ses codétenus le matraque à coups de morceau de vélo d’appartement après une séance de gym. Tout un programme. D’ailleurs les Australiens n’ont même pas parlé du volcan islandais, préférant se concentrer sur cette affaire d’importance mondiale.

Bref, encore une preuve s’il en fallait une que les journalistes peuvent créer l’information. D’ailleurs, dans une attitude très classe, l’Herald Sun a rejeté publiquement toute responsabilité dans la mort de Williams. Mieux, le rédacteur en chef a même indiqué en édito qu’ « on ne le regretterait pas ». Sans même se demander s’il causera des ennuis à la fille Williams, âgée aujourd’hui de 8 ans. Dont le nom a été jeté en pâture à tous ses copains de classe. Tant pis pour elle, elle aura qu’à faire trafiquante comme ses parents. On devrait d’ailleurs déjà la foutre en taule pour qu’elle finisse la peine de son père, tiens. Non mais. Sale gosse, va.

 

Morale de l’histoire : c’est quand même pas à Sydney que tout ce bordel serait arrivé. Je dis ça, je dis rien.

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N'empêche, moi, je préférais quand les tabloïds australiens se contentaient juste de reprendre la 3e page du Sun. Ils auraient du en rester là.

 

 

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La fille de Carl Williams, 7 ans, ou plutôt pardon, la fille de "l'horrible monstre, pire ennemi de l'Etat de Victoria, tueur de sang froid de plusieurs personnes" pour respecter la ligne éditoriale de l'Herald Sun. On déconne pas avec l'information.