LE VOL DE COLOMB

 

« Christophe Colomb était le premier socialiste : il ne savait pas où il se trouvait, ni où il allait…. Et tout ça aux frais du contribuable. »

Winston Churchill

 

Il est aujourd’hui l’un des hommes les plus célèbres de l’Histoire. Il fait partie de ceux dont on dit qu’ils ont changé la face du monde. Il a même un pays à son nom, la Colombie. Bon, un Etat un peu bordélique avec des produits pas clairs. Mais quand même. Et pourtant, Christophe Colomb n’est pas entré dans l’Histoire en 1492, comme on le croit. A l’époque, ses contemporains le perçoivent comme il est vraiment : un loser de première, un poissard de haut niveau. Petite chronique d’une des plus grandes impostures de tous les temps.

 

Précisons tout d’abord que la poisse est tout un art. On ne devient pas loser, on le naît. Autant dire que dès le départ, le jeune Colomb a le bon profil. Le jeune homme, apparu quelque part en Italie, quitte aussitôt son pays natal pour naviguer. Faute de mieux, déjà. Direction le Portugal, où il trouve un rafiot en route pour l’Angleterre. Premier signe prometteur du destin : son navire est alors attaqué par les Français. Pour un début, c’est plutôt bien parti. Christophe Colomb détale illico à Lisbonne, et prépare alors son grand projet : rejoindre le Levant par le Ponant. En gros, ne plus se taper les attaques des Sarrasins pour rejoindre les Indes et leurs épices. Et pour ce faire, passer de l’autre côté, par ces endroits bizarres qu’on ne connaît pas trop. Où au même moment, les Aztèques et Incas sont en train de glander tranquillement sans se douter des terribles évènements qui les attendent. Déterminé, Colomb se prépare à son grand destin de perdant et va présenter son projet à tous les grands de ce monde. Se prend un premier vent du roi Jean II du Portugal, pas fou. Un deuxième vent d’Isabelle de Castille, pas folle non plus. Un troisième vent d’Isabelle de Castille, si, si. L’une des plus grandes forces des losers, c’est la persistance dans l’erreur. Qui pour Colomb va finir par payer. Finalement, sûrement parce qu’elle a marre de voir sa gueule, et qu’elle espère le voir se perdre au large, et aussi un peu pour des questions de fric, la Reine Catholique cède finalement en 1492. Christophe Colomb devient « Amiral de la Mer Océane », ce qui veut pas dire grand-chose, et prendra 10% des revenus de l’expédition. Pas super bien négocié quand on se dit qu’il prend tous les risques, mais bon. L’essentiel est fait, Colomb va vers son destin. On va bien se marrer.

 

1492, Colomb découvre un continent. Ah bon ? Ils doivent sacrément être cons les gens qui habitent là-bas, pour ne même pas avoir découvert leurs terres. Hum, hum. Bon, disons plutôt que Colomb est le premier Européen à arriver dans ce cas. Oui, mais alors, quid des Vikings menés par Bjarni Herljufson qui avaient posé le pied sur l’Amérique du Nord dès 986, soit juste 500 ans avant le Macaroni ? Hum, hum. Bon, peu importe, Colomb arrive à Cuba. Pire, il est persuadé d’être au Japon. Totalement aveuglé par son caractère de perdant, le « découvreur » fait même signer un document à tous ses marins leur empêchant d’affirmer le contraire, sous peine d’une amende, lors de son 2e voyage. Il pense cependant bientôt connaître la gloire. Raté. Au lieu de ça, Colomb se retrouve en taule dès 1500. A cause des conneries de son frère Bartolomo qu’il avait eu la bonne idée de nommer gouverneur. Mon frère, quelle galère. Il est libéré au bout de 6 semaines mais perd tous ses droits sur les territoires d’outre-Atlantique. Dommage, et surtout, plus de blé. Alors qu’il essaie toujours désespérément de trouver les Indes, qui sont à des milliers de kilomètres de là, Colomb se naufrage même comme une buse le 25 juin 1503. Et devra attendre un an les secours, jusqu’au 12 septembre 1504. Oui, pas de portable à l’époque. Colomb revient alors sur le Vieux Continent dans l’indifférence générale. Ruiné, mais pas trop déshonoré surtout par son passage en prison, Chris meurt le 20 mai 1506 à Valladolid. Et à part quelques potes à lui, tout le monde s’en fout. Un an plus tard, un autre Rital, plus malin, s’appelant Amerigo Vespucci, comprend qu’on a là affaire à un Nouveau Monde. Il se démerde donc pour lui donner son prénom, Amérique. Et là, avec son petit pays, Colomb peut toujours aller se rhabiller.

 

Et là, une question se pose. Comment malgré une vie aussi pathétique, Colomb est-il resté en si bonne place dans l’Histoire ? C’est que le navigateur a réussi une chose dans sa vie. Une seule, mais qui va changer son destin. Son fils, Fernando. Celui-ci est né d’une relation illégitime avec une noble espagnole que Colomb n’épousera jamais, espérant mieux jusqu’à sa mort. Peu importe, Fernando n’est pas rancunier. Il est même fier de son père qu’il considère comme un héros. Se rendant bien compte qu’il est le seul, il décide d’écrire une biographie romancée pour rendre justice à Christophe Colomb. Le livre est titré Histoire de l’Amiral et fait un véritable carton. En prenant quelques libertés avec la réalité, ce qui lui vaudra d’être décrite comme l’œuvre d’un rhéteur, d’un polémiste, farcie d’additions maladroites et d’interpolations par l’historien Harisse. Pour ceux qui ne voient pas trop le sens de la phrase, sachez juste que ce n’est pas gentil. Malgré tout, peu importe. Petit à petit, on oublie le vrai personnage pour ne retenir que la légende réécrite par Colomb Jr. Même légende qui est restée intacte jusqu’aujourd’hui, encore celle qu’on nous enseigne. Bref, dans la famille Colomb, le vrai petit malin, c’est le fils. Celui qui bizarrement a été totalement oublié de nos jours. Quand je vous dis que l’Histoire se joue au hasard…

 

Bref, si vous sentez que vous êtes en train de rater totalement votre vie, démerdez-vous pour faire au moins un gamin. On ne sait jamais, il vous sauvera peut-être la mise.

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